vendredi 7 mars 2008

Comment ne (presque) plus avoir peur en avion ?

Pendant des années, je pris l’avion sans la moindre difficulté, goûtant même, non sans un certain plaisir, aux charmes des privilèges accordés aux grands voyageurs qu’on appelait alors membres Fréquence Plus. Mes déplacements étaient plus souvent professionnels que personnels du fait de mon désintérêt assumé pour le tourisme et de mon manque total de curiosité pour les civilisations étrangères ou les paysages inédits.

Ces trajets aériens ne me posaient pas de problème, jusqu’au jour où, au cours d’un vol Paris Strasbourg, je me fis la réflexion que plus je prenais l’avion, plus, c’est la loi statistique des grands nombres, j’avais de chances de finir par y rester. Cette révélation fut pour moi le début des pires emmerdements qu’on puisse imaginer.

Petit à petit, les vols qui suivirent cette réflexion (sotte et irrationnelle, j’en conviens, mais toutes les phobies ne le sont-elles pas ?), devinrent de plus en plus difficiles à supporter. Je guettai la moindre turbulence, le plus petit bruit me paraissant anormal, les indicibles changements de régime des réacteurs, pour imaginer que ma fin était imminente.

A ma décharge, cette appréhension inédite intervint peu après les événements du 11 septembre 2001, date à partir de laquelle les déplacements aériens perdirent un peu de leur superbe, vous voudrez bien me l’accorder. Il faut dire aussi que jamais mode de transport n’a été autant entouré d’un morbide decorum que l’avion : des fouilles à l’aéroport aux démonstrations réglementaires de sécurité, en passant par la présence du gilet de sauvetage sous votre siège… tout est fait pour vous rappeler que ça peut mal tourner. Il est impossible, en avion, de se bercer d’illusions sur la fiabilité du système comme on le ferait pour rallier Lyon à Bordeaux par les petites routes nationales. Je vous passe les images relayées lors des catastrophes aériennes qui ne nous épargnent aucun détail funeste : des appareils en miettes, des sauveteurs qui parcourent la jungle avec des seaux pour y placer qui un doigt, qui une jambe, qui un morceau de crâne… Délicieux. Après le crash du concorde de Gonesse, en 2003, il parait que tous les corps ont été retrouvés coupés en deux, sectionnés au niveau du bas ventre par la ceinture de sécurité sous la violence du choc. Charmant, n’est-ce pas ?

De mal en pis, mes vols devinrent de plus en plus pénibles pour devenir de véritables calvaires. Voyager dans un avion pris dans une zone de turbulences au dessus de l’atlantique me fait autant flipper que si je me faisais braquer un revolver sur la tempe par un déséquilibré : je suis dans les deux cas persuadé que je vais y rester. Notez que l’avantage du meurtre par arme à feu, c’est que ça ne dure jamais plus de quelques minutes à moins que le tireur soit vraiment maladroit, là où un vol peut durer douze heures.

Parfois, cette phobie me place dans des situations qui ne manquent pas de sel. Professionnellement, il m’est arrivé de voyager avec des collaborateurs que je connaissais d’assez loin, et qui furent pour le moins surpris de me voir, en nage et des trémolos dans la voix, cramponné à leurs avant-bras pendant quatre heures en les suppliant de me raconter leur enfance ou n’importe quelle histoire susceptible de me faire oublier les aléas du voyage. Je me souviens même d’une fille qui avait, à notre retour à Paris, envoyé un mail à la DRH pour demander explicitement à ne plus voyager à mes côtés en spécifiant qu’elle était directrice marketing et pas infirmière psychiatrique.

D’autres fois, je me suis bourré de savants mélanges d’anxiolytiques et de neuroleptiques (pure automédication car les consultations médicales m’angoissent, cela fera l’objet d’un article ultérieur) pour voyager dans de meilleures conditions. Le problème, c’est que ces traitements faisaient encore effet après l’atterrissage, et me conduisaient à arriver hilare dans des réunions professionnelles, ou à éclater en sanglots dès qu’on me posait une question anodine sur l’évolution de tel ou tel dossier.

Lors d’un Paris Berlin, J. avait placé son imperméable sur ses genoux pour la durée du vol. Je lui conseillai de le ranger dans les coffres à bagage afin d’éviter que, au cours du crash, le tissu ne fonde et colle ainsi à sa peau. Pas plus tard que la semaine dernière, en choisissant ce que j’allais porter pour mon Paris New York, je me surpris à choisir un pantalon en toile légère qui, me suis-je dit, faciliterait la nage en cas d’amerrissage forcé. Eternel optimisme du voyageur névrosé.

Il y a quelques années, alors que je sollicitai un médecin généraliste pour lui demander de me prescrire de quoi supporter le voyage (ma connasse de pharmacienne de l’avenue de la Motte Piquet ne voulant me vendre que des pilules de millepertuis), il me conseilla d’entamer une thérapie comportementale. Je suis donc allé consulter un psy pour lui parler de mes angoisses. Celui-ci me dit solennellement au bout de trois séances que ma phobie lui paraissait incurable dans la mesure où elle s’appuyait sur des éléments factuels (problème technique, panne, attentat), et non sur des craintes irrationnelles telles que la claustrophobie ou l’agoraphobie. Il me prescrit deux boites de bromazepam et me souhaita bonne chance.

Il y aurait sans doute la possibilité entrevue de creuser davantage pour identifier les origines de mes angoisses aériennes, mais pour tout vous dire, je ne suis pas certain d’avoir envie de les connaître vraiment. Il est des choses enfouies qui sont très bien là où elles sont, et je crois aussi qu’on ne peut jamais être guéri de tout, que la recherche du confort en toute chose est une quête sans fin qui me décourage d’avance.

Bref, j’en arrive à l’objet principal de ce post, au-delà de ces anecdotes personnelles qui n’intéressent personne mais qu’il me plait d’écrire ici : les recettes pour rendre, malgré tout ce que je viens d’évoquer, mes voyages moins difficiles. A force d’expériences désastreuses et de petits succès, quelques trucs m’ont permis de rendre les vols moins insupportables. Je livre ici ces conseils de bon sens car peu de choses sont disponibles sur le web en ce sens.

Conseil numéro 1 : se préparer avec de saines lectures

Je ne saurais trop vous recommander « Comment ne plus avoir peur en avion », par Marie-Claude Dentan, disponible en livre de poche. L’auteur est responsable pédagogique des programmes d’Air France destinés à apprivoiser les trajets aériens. On y trouve des idées intéressantes et plutôt rassurantes. Les différentes phases de vol y sont décrites précisément, le mécanisme du vol est expliqué de manière très pragmatique, et le phénomène de la portance de l’air est longuement développé.

Conseil numéro 2 : bien choisir sa place
Je vous recommande l’avant de l’appareil, si votre classe de voyage le permet, ou les ailes. C’est à ces endroits que les effets des turbulences en vol sont les plus atténués. A titre personnel, j’évite le hublot car la vue du vide m’angoisse plus qu’autre chose.

Conseil numéro 3 : se droguer intelligemment
Je ne saurais trop vous recommander d’éviter l’automédication. De toutes les façons, les produits efficaces sont tous vendus sous ordonnance. Pour ma part, je prends deux comprimés d’Atarax 25mg deux heures avant le décollage, et j’en reprends deux au bout de quatre heures de vol pour les longs courriers. L’Atarax est un anti-histaminique et anxiolytique plutôt efficace, qui me permet d’éviter les pics de stress tout en étant assez léger pour me permettre d’embarquer et de débarquer sans problème. Attention : la consommation d’alcool et la conduite des véhicules sont prohibées. Ce sera donc taxi pour aller à l’aéroport et jus de tomates à bord (j’évite soigneusement tous les excitants).

Conseil numéro 4 : ne pas compter sur les hôtesses
Il est inutile de déclarer à Air France que vous souffrez d’une phobie de l’avion, puisque cela conduit le personnel de bord à venir vous emmerder toutes les dix minutes pour vous demander si tout va bien et vous mettre une main sur l’épaule. A titre personnel, la voix de crécelle d'unsteward qui me parle des statistiques de sécurité aérienne ne m’est d’aucun réconfort et m’agace plus qu’autre chose.

Conseil numéro 5 : se protéger des bruits environnants
Dès que j’entre dans l’avion, je mets des bouchons auditifs dans mes oreilles et je ne les quitte plus jusqu’à la fin de l’atterrissage. Cela me permet d’être moins sensible aux bruits des réacteurs et de ne plus guetter les moindres aspérités sonores rencontrées durant le vol. Cela parait idiot, mais c’est très efficace sur moi.

Conseil numéro 6 : abandonner une bonne fois pour toute l’idée de se divertir en avion
Durant le vol, je ne lis pas, je ne travaille pas, je ne regarde pas de film, je n’écoute pas de musique. Le divertissement pour oublier l’angoisse n’a sur moi aucun effet, et le fait de devoir me concentrer sur autre chose en plus de ma concentration sur le vol ne fait que m’épuiser davantage.

Conseil numéro 7 : n’accepter de partir que pour de bonnes raisons
Je n’accepte plus les voyages qui m’ennuient, et pour lesquels je n’ai pas de réelle motivation personnelle. Le sentiment de faire une concession gigantesque pour une cause qui n’en vaut pas la peine ajoute au stress du déplacement l’agacement de s’être fait avoir, ce qui participe aux désagréments du voyage.

samedi 1 mars 2008

Arrivée à NYC pour une semaine

J'adore l'Amérique.